samedi 26 avril 2008

La pension Eva d'Andrea Camilleri



C'est un roman léger comme les affectionne Andrea Camilleri; Léger comme l'air flottant dans "La Pensione Eva", léger et insouciant comme Nenè le minot, léger comme les moeurs et les robes des filles car malgré la guerre qui gronde au large de la Sicile au début des années 40, les premiers émois de Jacolino, Ciccio et Nenè sont décrits avec humour et allégresse. Au final, ce roman a même parfois des accents felliniens (notamment la scène du parachutiste américain pris par une des pensionnaires bigotes pour un ange...) *****

"Nenè le savait, ce que c’était qu’une pension, il l’avait demandé à un de
ses cousins, qui faisait l’université à Palerme : c’était quelque chose de
mieux qu’une auberge et quelque chose de pire qu’un hôtel.
A Vigàta, par exemple, il y avait un hôtel et trois auberges, des endroits
fréquentés par les marins de passage, les commis voyageurs, les
représentants d’armateurs, les cheminots, les camionneurs, et à travers
ces quatre porches c’était tout un va-et-vient continu.
Mais alors pourquoi de jour, devant le porche de cette pension, il n’y
avait vraiment aucun mouvement ? Il lui était jamais arrivé, en passant
à la lumière diurne, de voir âme qui vive bouger l’huis entrouvert en
entrant ou en sortant.

Une fois, justement le lendemain matin du jour où il avait atteint sa
huitième année, la curiosité fut si forte qu’arrivé devant la grande porte
un peu plus ouverte que d’habitude, Nenè regarda tout autour de lui
et, vu que dans la rue personne passait, il fit un pas vers l’entrée et
pencha le torse tout doucement en avant, assez pour pouvoir
facilement regarder dedans. Mais soit passqu’il était aveuglé par le
soleil, soit passqu’il avait le sang qui bouillait, au début, il ne vit rin de
rin. Par contre, il entendit deux femmes qui riaient et parlaient à voix
haute dans une chambre lointaine, mais ne comprit pas ce qu’elles
disaient. Il fit un autre demi-pas, rentra un peu plus la tête, et ses
narines furent assaillies d’une émanation de propre, de savon, de
parfum comme celle qu’il y a dans le salon du barbier.
Il fut tenté de rentrer encore un peu.
Il leva la jambe et tout à coup une main s’abattit entre nuque et col, lui
tira la tête en arrière. C’était un homme en uniforme de capitaine de la
Marine que Nenè connaissait et qui le regardait d’un air bizarre, entre
fureur et amusement. Il parlait talien."


La Pension Eva
d'Andrea Camilleri
Editeur : Métailié
Publication :6/9/2007

2 commentaires:

civetta a dit…

c'est qui, le(la) traducteur(trice)?

Stéphane a dit…

>>Serge Quadruppani