samedi 2 janvier 2010

Bonne année 2010


L'Aubrac, samedi 2 janvier 2010

mercredi 30 avril 2008

Vlaminck, le Fauve vermillon

"Je voulais brûler avec mes cobalts et mes vermillons l'Ecole des Beaux-Arts et je voulais traduire mes sentiments avec mes pinceaux sans songer à ce qui avait été peint". Effectivement c'est ce qui frappe le visiteur qui arpente l'exposition du Musée du Luxembourg "Vlaminck un instinct fauve". L'utilisation de ce rouge (vermillon) a été omniprésente dans les quinze premières années de la production artistique du fauve autodidacte.


J'ai particulièrement aimé deux tableaux qui illustrent assez bien sa peinture. Une peinture caractérisée par des paysages et des portraits aux couleurs pures et aggressives.


Les péniches à Chatou (1905) Vlaminck contrairement à la majorité des autres fauves (Derain et Matisse) qui préfèrent le midi de la France peint les bords de Seine. Par des touches de peintures épaisses et tourbillonantes, Vlaminck s'inspire très ouvertement de Van Gogh.

La fille du rat mort (1905)
Vlaminck, un instinct fauve
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard
75006 Paris
20 février-20 juillet 2008

lundi 28 avril 2008

Cochon d'Allemand de Knud Romer



Roman désenchanté et amère sur l'enfance, ce "Cochon d'Allemenand" de Knud Romer est lourd et pesant. Même s'il nous offre quelques scènes croquignolesques, la vie de ce fils d'Allemande mariée à un Danois, ressemble à une humiliation permanente et à un défi quotidien d'intégration. Constat réaliste d'un fils d'émigrée ou vision déformée de l'enfance? Knud Romer y répond grâce à une écriture enjouée et volubile.*****


"Elle faisait la vaisselle au son du "Appelez-nous et jouons", passait l'apirateur en écoutant le concert de midi, cigarillo entre les lèvres et vodka dans un verre. Des passages de Beethoven, de Brahms et de Tchaïkovski se mêlaient aux bourdonnements de son aspirateur, un Nilfiste: des parties longues dans l'entrée, des coups saccadés dans la salle à manger dont le tapis avait besoin d'un traitement supplémentaire. Une fois le silence et la propreté restaurés, je portais le sac à poussière dans le garage. Et tout- la musique, les toussotements, les voix, les applaudissements- allait à la poubelle. Quand je soulevais le couvercle pour jeter un coup d'oeil dedans, quelques mesures de la Pastorale s'en échappaient parfois, sentant le moisi et les pommes fermentées."

Cochon d’Allemand
de Knud Romer
Editeur : Les Allusifs
Publication :15/8/2007

samedi 26 avril 2008

La pension Eva d'Andrea Camilleri



C'est un roman léger comme les affectionne Andrea Camilleri; Léger comme l'air flottant dans "La Pensione Eva", léger et insouciant comme Nenè le minot, léger comme les moeurs et les robes des filles car malgré la guerre qui gronde au large de la Sicile au début des années 40, les premiers émois de Jacolino, Ciccio et Nenè sont décrits avec humour et allégresse. Au final, ce roman a même parfois des accents felliniens (notamment la scène du parachutiste américain pris par une des pensionnaires bigotes pour un ange...) *****

"Nenè le savait, ce que c’était qu’une pension, il l’avait demandé à un de
ses cousins, qui faisait l’université à Palerme : c’était quelque chose de
mieux qu’une auberge et quelque chose de pire qu’un hôtel.
A Vigàta, par exemple, il y avait un hôtel et trois auberges, des endroits
fréquentés par les marins de passage, les commis voyageurs, les
représentants d’armateurs, les cheminots, les camionneurs, et à travers
ces quatre porches c’était tout un va-et-vient continu.
Mais alors pourquoi de jour, devant le porche de cette pension, il n’y
avait vraiment aucun mouvement ? Il lui était jamais arrivé, en passant
à la lumière diurne, de voir âme qui vive bouger l’huis entrouvert en
entrant ou en sortant.

Une fois, justement le lendemain matin du jour où il avait atteint sa
huitième année, la curiosité fut si forte qu’arrivé devant la grande porte
un peu plus ouverte que d’habitude, Nenè regarda tout autour de lui
et, vu que dans la rue personne passait, il fit un pas vers l’entrée et
pencha le torse tout doucement en avant, assez pour pouvoir
facilement regarder dedans. Mais soit passqu’il était aveuglé par le
soleil, soit passqu’il avait le sang qui bouillait, au début, il ne vit rin de
rin. Par contre, il entendit deux femmes qui riaient et parlaient à voix
haute dans une chambre lointaine, mais ne comprit pas ce qu’elles
disaient. Il fit un autre demi-pas, rentra un peu plus la tête, et ses
narines furent assaillies d’une émanation de propre, de savon, de
parfum comme celle qu’il y a dans le salon du barbier.
Il fut tenté de rentrer encore un peu.
Il leva la jambe et tout à coup une main s’abattit entre nuque et col, lui
tira la tête en arrière. C’était un homme en uniforme de capitaine de la
Marine que Nenè connaissait et qui le regardait d’un air bizarre, entre
fureur et amusement. Il parlait talien."


La Pension Eva
d'Andrea Camilleri
Editeur : Métailié
Publication :6/9/2007

vendredi 28 mars 2008

Chronique du règne de Nicolas Ier


De prime abord, le roman de Patrick Rambaud paraît un peu facile. Décrivant de façon ironique et dans un style très XVIII ème siècle les premiers mois du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Patrick Rambaud renouvelle, le genre un peu oublié aujourd’hui, de l’imitation parodique. Pourtant, nos grands auteurs classiques, Boileau, La Bruyère, Balzac, Flaubert s’y sont tous essayés. Pour Proust, le pastiche fut même un élément essentiel de son art. « Faire un pastiche volontaire, insistait-il, pour pouvoir après cela redevenir original, ne pas faire toute sa vie du pastiche involontaire ». C’est un moyen comme un autre de digérer le style, la grammaire d’un auteur. Je ne suis pas sûr que Patrick Rambaud souhaitait assimiler le phrasé Saint Simonien, mais en tout cas son roman est plaisant et franchement croustillant quand il décrit à de nombreuses reprises, ses ministres fébriles, Notre Paternel Leader et son impératrice coincée. *****

Un extrait:« Après avoir aidé par un gros cadeau impérial et fiscal les mieux favorisés, Notre Paternel Leader cherchait le moyen de remplir ses caisses, vidées de nombreux milliards. Il voyait la Culture comme un gâchis, puisque le théâtre, la danse, l’opéra et autres fariboles artistiques suscitaient chez lui des envies de course à pied, donc il donna ses instructions pour réduire les aides et les subventions à ces gens-là, qui vivaient aux crochets d’un Etat bonasse. Aussi dans ce domaine, l’Empereur exigeait des résultats, décidant que la demande supplantât l’offre, que la création répondît aux attentes du public. Si on lui rétorquait qu’il y avait eu bien des pièces, bien des livres, bien des films qui, à leur sortie, avaient été fraîchement reçus ou même sifflés, avant de devenir des classiques, que MM. La Fontaine et Molière eux-mêmes avaient été subventionnés par Louis XIV, Sa Majesté répondait se moquer bien des largesses de Louis XIV, que son ami M. Clavier plaisait aux masses sans que l’Etat le payât de surcroît, que ni M. Macias ni Mme Line Renaud n’avaient besoin qu’on puisât pour leur spectacles dans le Trésor Public. C’était imparable. Il n’y avait désormais plus que des produits à vendre, et même les œuvres d’art de nos musées pourraient être vendues si cela rapportait. Les subsides de l’Etat allaient être distribués en fonction de la fréquentation des salles de cinéma et de théâtre, et tout le reste dépendrait étroitement du box-office qui, lui, ne se discutait pas. »

Chronique du règne de Nicolas Ier, de Patrick Rambaud
Editeur : Grasset
Publication :1/2/2008

mardi 19 février 2008

L'arrière-saison de Philippe Besson

« En effet, Stephen a appris d’elle qu’on peut vivre avec quelqu’un sans empiéter sur son existence, sans lui demander directement ou sournoisement de renoncer à ce qu’il est profondément. Il a sans cesse été frappé par le respect absolu, non négociable, de Louise pour la liberté d’autrui, par son refus presque intégriste de le faire changer, de l’amender. Elle racontait souvent, en plaisantant, qu’elle avait reçu Stephen dans un état et qu’elle le rendrait dans le même état, qu’on ne pourrait pas lui adresser le reproche de l’avoir déformé, rabougri, écorné, ni même amélioré d’ailleurs. Elle n’a touché, en fin de compte, à aucune de ses qualités ni à aucun de ses défauts. Elle a tout laissé intact. Il n’a jamais eu à se renier, à se dédire, à se corriger. Il a été libre de tous ses choix. Cette impunité, il en a découvert la valeur inestimable au lendemain de ses noces. Trop tard. »

L’arrière saison de Philippe Besson est un roman « d’atmosphère », un huis-clos à l’ambiance hitchcockienne. Rien n’est extraordinaire, un bar sur la Côte Est des Etats-Unis, un quatuor composé de deux anciens amants, d’un serveur et d’un pêcheur et c’est tout… Mais c’est là la grande force de Philippe Besson, qui nous entraîne au cœur des conversations, des souvenirs, des espoirs avec une infinie lenteur et le charme suranné d’une soirée de fin d’été à Cape Cod. La scène est tellement banale qu’elle en devient unique. Philippe Besson, peint et compose un tableau mélancolique et nostalgique comme celui dont il s’est inspiré pour écrire ce roman (« Nighthawks » d’Edward Hopper). *****

La 4 ème de couverture est .

L’arrière-saison. Editions Juillard,2002.

lundi 18 février 2008

Dôme de la Grave, Toulouse


"Que d'hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller."

Friedrich Nietzsche

mercredi 13 février 2008

Récital Juan Diego Florez

Quel ténor ce JDF !

Juan Diego Florez l’un des plus grands tenors de la scène mondiale actuelle nous a fait profiter de toute l’étendue de son talent lors de son récital donné le 24 janvier 2008 au Capitole.

Au programme :

Mozart
Die Zauberflöte (Die Bildnies)
Il Re Pastore (Si spande)
Bellini
La ricordanza
air de Bianca e Fernando (All'udir)
Rossini
L'esule
L'orgia
Prelude di musique anodine
air de Elisabetta Regina d'Inghilterra
Rosa mercedes Ayarza de Morales
Si mi voz muriera en tierra
La rosa y el clavel
Hasta la guitarra llora
La zamacueca
Malhaya
Gluck
Airs d'Orphée
Donizetti
Air de Linda di Chamounix (Linda si ritiro)

Les airs de la Flûte enchantée ont été propres et bien exécutés mais ne permettent pas (à mon avis) de mettre en avant le timbre unique de Juan Diego Florez. Ce ne fut donc qu’une agréable mise en bouche.

Par contre, les extraits du Roi Pasteur, de Bianca e Fernando et surtout de Elisabetta Regina d'Inghilterra (Deh Troncate) rendaient grâce au timbre fruité de sa voix et à sa diction parfaite.

Quant à son interprétation de Carlo dans la Linda di Chamounix de Donizetti, elle est tout simplement sublime. Une projection parfaite, des nuances dans le phrasé parfaitement maîtrisées, une voix chaude et claire…bref cet air était tout simplement magnifique et il finissait sous des tonnerres d’applaudissements.

Le péruvien n’étant pas avare de son talent, JDF nous gratifia de 4 arias supplémentaires, et non des moindres :

Roméo et Juliette de Gounod
Una Furtiva lagrima de l’Elixir d’amour (j’ai vraiment un faible pour celui-ci),
la dernière partie de la grande scène de Tonio de La Fille du Régiment et ses célèbres 9 contre ut (qu'il faut absolument écouter, le lien est ),
et La Donna e mobile du Rigoletto de Verdi.

Une soirée mémorable ! *****

lundi 11 février 2008

Renversant


Toulouse, janvier 2008

jeudi 7 février 2008

J’étais derrière toi, de Nicolas Fargues


« Bref je te disais que j’ai attendu la trentaine pour souffrir. Ou plutôt, pour découvrir que je pouvais souffrir comme tout le monde et que ma soi-disant force mentale, mon soi-disant élégant détachement, ma soi-disant distance en toute circonstance, purement théorique, purement idéaliste, purement littéraire, que tout ça ne faisait pas le poids face à un vrai coup dans la gueule bien banal, franc et massif. La trentaine pour devenir un adulte, en fait. »


« J’étais derrière toi » est un roman frais comme une pub d’Hollywood chewing-gum... L’écriture de Nicolas Fargues est vive et alerte. Elle ne s’embarrasse pas de circonvolutions et de détours pour dire les choses. Des choses crues parfois et qui font mal. Mais il y a aussi ce côté léger, cette dérision permanente même dans les situations les plus tendues de ruptures amoureuses.

Enfin j’ai beaucoup apprécié la manière dont Nicolas Fargues interpelle le lecteur tout au long de son roman. On a vraiment l’impression d’être en face d’un bon copain qui nous raconte ses déboires sentimentaux, ce qui rend le roman captif : «le bonheur, c’est une femme, non ? Tu ne crois pas, toi ? » *****


J'étais derrière toi
Nicolas Fargues
Editions P.O.L
Mars 2006
224 pages

lundi 4 février 2008

Horizontalité et verticalité


Dimanche 3 février 2008, BNF Paris

mardi 29 janvier 2008

La terre est bleue comme une orange


La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul Eluard, L'amour la poésie

lundi 28 janvier 2008

In Memoriam de Linda LÊ


Présentation de l'éditeur Christian Bourgeois:

« Maintenant qu’elle était morte, il me fallait affronter la vacuité de mon esprit : j’avais vécu l’inoubliable et je passerais le restant de mes jours à ressasser ce deuil. Si Thomas n’avait pas dispersé les cendres de Sola dans la mer, j’aurais été assez fou pour les conserver, disputant à mon frère la propriété des reliques. J’avais des rêveries morbides, j’enviais ceux qui invoquaient les mânes des trépassés pour avoir avec eux un colloque qui ouvrait les portes de l’invisible. Mais pour ma sauvegarde, je m’ingéniais à découvrir des explications rationnelles. Les peut-être que j’avançais étaient des prémisses qui ne bouleversaient pas la donne. L’équation demeurait identique : j’avais perdu Sola, et moi qui aurais dû être une vigie aux aguets, je n’avais pas prévu la tempête. »

In memoriam m'est apparu comme un voyage intérieur, une quête de connaissance, de reconnaissance pour le narrateur. Et quand il croit percer la raison de son existence, il navigue entre rêve et réalité, entre le jour et la nuit, incapable de se décider comme paralysé et spectateur de sa vie...

« Je me méfiais de moi-même, de l’état dans lequel j’étais, où l’exaspération coudoyait la stupeur. La nuit, je ne dormais pas, je me tenais aux aguets, à l’écoute des soubresauts de mon être. J’étais dans un grand isolement, que j’avais créé moi-même. J’avais sommé les rares amis qui prenaient encore de mes nouvelles de me laisser en paix. Mais cette tranquilité, je la cherchais en vain. Tant que je noircissais des pages, je parvenais encore à croire à l’éventualité d’une renaissance »

In memoriam est un livre rare, superbement écrit mais qui confine parfois au précieux, ce qui peut agacer certains lecteurs tant le style est parfois « empourpré » et trop littéraire. Un roman à découvrir, mais armé d’un bon dictionnaire !*****

mardi 22 janvier 2008

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel


"Les épines que j'ai recueillies viennent de l'arbre que j'ai planté."

Lord Byron, Extrait de Chevalier Harold

lundi 21 janvier 2008

Reflets



"L'ordre inférieur est un miroir de l'ordre supérieur ; les formes de la terre correspondent aux forment du ciel ; les taches de la peau sont une carte des constellations incorruptibles; Judas reflète Jésus en quelque sorte."

Jorge Luis Borges, Extrait de Fictions

lundi 14 janvier 2008

Mon manège à moi!


"Tu me fais tourner la tête
Mon manège à moi, c'est toi
Je suis toujours à la fête
Quand tu me tiens dans tes bras..."

Edith Piaf

jeudi 10 janvier 2008

La canapé rouge de Michèle Lesbre


« L’été déclinait, en fin de journée une lumière intense tombait du ciel, rendait les troncs des bouleaux presque phosphorescents, les couleurs saturées. Le soir survenait d’un seul coup, dense, rempli de nostalgie et d’une agitation singulière, empreint de cette angoisse indicible, presque animale, avant l’obscurité, un océan d’obscurité. Eux, indifférents au surgissement de la nuit, échangeaient des plaisanteries qui ne m’étaient pas accessibles. Leurs rires couvraient les bruits de ferraille et le tangage des pots qui poursuivaient leur course folle sous les tables, dans la plus grande indifférence. »

Le dernier roman de Michèle Lesbre est une confiserie. Un bonbon qu’on laisse fondre sur la langue. Tout n’est qu’effleurement, affleurement. L’écriture légère de Michèle Lesbre danse et nous entraîne dans une galerie de portraits et d’images. Elle écrit par évocation et surgissement, comme Van Gogh peignait par touches de couleurs ; Michèle Lesbre est impressionniste ! *****

La présentation de l'éditeur est .

Le Canapé rouge
de Michèle Lesbre
Editeur : Sabine Wespieser

Publication :23/8/2007

mercredi 9 janvier 2008

It's a free world

Réalisé par Ken Loach
Avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek
Film britannique, italien, allemand, espagnol.
Genre : Drame
Durée : 1h 33min.
Année de production : 2007

Le dernier film de Ken Loach se rapproche malheureusement plus du documentaire d’Envoyé Spécial que d’un film. Le sujet est certes intéressant –l’exploitation d’une main d’œuvre immigrée par des entrepreneurs peu scrupuleux- mais il manque à ce film une dimension. La relation entre Angie (l’ouvrière qui devient chef d’entreprise) et son fils, malgré son intensité dramatique, ne nous émeut pas plus que ça. C’est dommage car le sujet méritait mieux! ****

Différentes critiques ici et

dimanche 6 janvier 2008

Songes de Mevlido d'Antoine Volodine

Songes de Mevlido











« Ainsi que Mevlido l’avait redouté et prédit, les poules mutantes avaient envahi Gateway Street et elles en occupaient la totalité sans laisser libre la moindre surface. La troupe qu’elles formaient était grisâtre, continue, indifférenciée et agressive. Par malveillance, mais aussi par l’effet d’une bêtise collective obstinée, la multitude interdisait le passage. Les corps gloussaient jusqu’à hauteur de genoux et résistaient. Il était pratiquement impossible de se frayer un chemin là-dedans sans combattre. Cornelia Orff s’engagea avec véhémence dans les épaisseurs cancanantes et se mit à donner de violents coups de pied devant elle. Elle brandissait le pliant qu’elle avait jusque-là porté en bandoulière et elle s’en servait d’une façon brouillonne, un peu comme un épéiste débutant défend sa vie avec un cimeterre. Elle provoquait des mouvements de panique, des envols hystériques, et, quand les volatiles refluaient vers Mevlido, la plupart agitaient leurs ailes rabougries au niveau de sa poitrine ou de son visage, au milieu d’épouvantables odeurs de fiente et de peau granuleuse. En quelques secondes, Mevlido fut noyé dans un nuage de plumes et de pilons hostiles. Il lâcha la main de Maleeya et commença à boxer en aveugle. Ses poings rencontraient des carcasses filantes, à la morphologie incompréhensible et chaude... » Editeur: Seuil


En effet, « Songes de Mevlido » d’Antoine Volodine nous frappe, nous percute, et bouscule nos frontières. Les frontières entre les songes et la réalité, la vie et la mort, l’amour et la haine, l’animal et l’humain, sont déplacées et s’entrecroisent comme pour mieux nous perdre. Antoine Volodine nous décrit un futur noir, de guerres et de catastrophes écologiques. Les illusions perdues du XX ème siècle, échec des utopies révolutionnaires et globalisation du capitalisme sont mises en exergue et prédisent la fin macabre de la race humaine. L’ écriture est brillante et poétique… Magistral ! *****